La situation de la césarienne à l’échelle internationale

8 Juin

Dans les dernières années, le terme « épidémie de césarienne » est apparu dans les médias pour parler de la situation des taux de césariennes dans certains pays. Cela n’est pas surprenant lorsqu’on voit des taux aussi élevés que la Turquie1 à 46,2%, Chypre2 à 52,2% ou encore le Brésil3 qui atteint un taux de 85% dans les cliniques privées et de 40% dans les hôpitaux publics. Pourtant, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande un taux de 15%; au-delà de ce seuil, celui-ci n’est plus associé à une réduction de la mortalité. Cette recommandation qui datait de 1985 a d’ailleurs été réitérée dans un document paru en 2015, soit la Déclaration de l’OMS sur les taux de césarienne. Comme vous allez voir dans le présent texte, il n’y a que quelques pays qui répondent actuellement à cette recommandation.

Lorsqu’on regarde les données provenant de l’OCDE, on note que le Canada ne fait pas très bonne figure sur la question des césariennes (voir graphique 2).  Il se classe 13e sur 20 pays retenus (du taux le plus faible au plus élevé). En utilisant une analyse de cluster, nous avons identifié quatre groupes de pays. Cette analyse a été réalisée en utilisant l’année 2011 comme année de référence (dernière année disponible fournie par le Canada à l’OCDE). Certains pays ont été rejetés, n’ayant pas fourni les données pour cette année4. Finalement, deux pays ont été retirés de l’analyse, soit la Turquie et la Pologne pour des raisons de données incomplètes.

TauxCesarienne2011

 

Le premier groupe de pays est formé de la Finlande, la Suède, l’Estonie, la Belgique, la Slovénie et Israël. La Finlande et la Suède ont un taux d’environ 16,2% en 2011, ce qui les places en tête des pays ayant un taux de césarienne les plus faibles5 (voir graphique 3). Quant à la Slovénie et Israël, le taux de césarienne est à environ 19% et la Belgique et l’Estonie à 20% en 2011. Il faut noter que la Finlande a un taux stable depuis 1994 et que les autres pays sont assez stables depuis 2005 (sauf la Slovénie).

Graphique3

 

Le deuxième groupe de pays est composé du Danemark, de l’Espagne, la France, la Nouvelle-Zélande, le Royaume-Uni et la République Tchèque. En 2011, le taux de césarienne de ces pays se situe entre 21% et 25% (voir graphique 4). On remarque une croissance constante depuis 20 ans pour la majorité de ces pays avec une stabilisation du taux de césarienne vers 2007 (sauf pour la République Tchèque).

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Le troisième groupe de pays est le Canada à 26,2%, l’Irlande à 26,9%, le Luxembourg et l’Autriche à environ 28% en 2011 (voir graphique 5). Ces pays ont une croissance du taux de césarienne assez similaire. Seule différence, le taux de césarienne du Canada qui demeure stable depuis 2005.

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Enfin, dans le quatrième et dernier groupe, on retrouve la Corée du Sud, les États-Unis, la Hongrie et l’Italie. Les États-Unis ont un taux de 32,7%, la Hongrie qui connaît un taux de croissance important est à 33,6%, la Corée qui est stable à près de 34,6% et l’Italie qui est en décroissance depuis quelques années, mais qui se trouve à près de 37,7% pour 2011 (voir graphique 6). En fait, ce groupe a un taux de césarienne deux fois plus élevé que celui de la Finlande et la Suède.

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Pour avoir une vue d’ensemble de l’évolution des taux de césarienne dans les 20 pays de l’OCDE, vous retrouverez sur le site de Tableau Public un « heat map » avec la bande glissante interactive à gauche vous permettant de changer les années.

 

Quelques mots sur les données

Il est difficile de trouver des données internationales sur le sujet et la seule information que fournie l’OCDE est le taux de césarienne, mais rien sur la distribution par âge, les césariennes multiples, les accouchements par voie vaginale après césarienne, etc. Plusieurs pays ne fournissent tout simplement pas les données ou que partiellement. Par exemple, les données de la Norvège et des États-Unis ne sont pas disponible depuis 2007. Pour les États-Unis, les données utilisées dans le présent texte ne proviennent pas de l’OCDE. Elles ont été compilé à partir des données américaines rendus disponible par le Centers for Disease Control and Prevention (CDC), soit les données du Vital Statistics.

 

Discussion générale

En regardant les données, la tendance est nettement à la hausse depuis plusieurs années. La majorité des pays connaissent une croissance du taux de césarienne. Les deux seuls pays qui ont des taux stables depuis plusieurs années et qui font figure de modèle, à mon avis, sont la Finlande et la Suède.

Plusieurs points intéressants sont soulevés dans le document Panorama de la santé 2013 : les indicateurs de l’OCDE. Les auteurs de cette étude rapportent la hausse observée dans la majorité des pays. Les facteurs expliquant cette croissance, sont entre autres, la réduction du risque et la préoccupation relative à la responsabilité pour faute médicale et la commodité qu’offre la césarienne dans l’horaire des médecins et des patientes. On note aussi que les hôpitaux privés ont en général un taux de césariennes plus élevé que les hôpitaux publics.

L’augmentation du taux de césarienne n’est pas sans conséquence. En effet, des études démontrent que l’accouchement par césarienne accroît le risque de mortalité maternelle, de morbidité maternelle et infantile et les complications pour les accouchements futures. Les auteurs soulèvent aussi la question de l’impact financier important que cette intervention représente, car :

« …le coût moyen d’une césarienne est au moins deux fois plus élevé que pour un accouchement normal dans nombre de pays de l’OCDE. »6 (p. 98)

Finalement, les auteurs s’interrogent sur la pertinence de pratiquer des césariennes qui ne sont pas nécessaires sur le plan médical.

 


1 Les données proviennent du site de l’OCDE.

2 Les césariennes trop fréquentes dans certains pays européens, le Monde, 12 mai 2015.

3 L’ « épidémie de césarienne » des Brésiliennes, Le Monde, 24 avril 2015.

4 La Norvège, les Pays-Bas, le Mexique, l’Australie, la Suisse, l’Allemagne, l’Islande, le Portugal, la Slovaquie,  le Japon, le Chili et la Grèce.

5 Il faut noter que l’Islande, la Norvège et les Pays-Bas ont aussi des taux similaires pour les années précédentes.

6 Panorama de la santé 2013 : les indicateurs de l’OCDE, OCDE

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